Début de la récolte dans l’oliveraie de Takao Farm sur l’île de Sodoshima au Japon 06.10.2026 @cecile

Espagne, Italie, Grèce, Tunisie, Turquie, Portugal : les premières estimations dessinent une campagne oléicole 2026/2027 contrastée, entre reprise des volumes, aléas climatiques et incertitudes sur les rendements.

À l’automne 2026, les premières estimations de la campagne oléicole 2026/2027 commencent à être publiées. Elles annoncent une production élevée en Espagne, des perspectives favorables en Grèce et au Portugal, mais aussi un recul attendu en Tunisie et au Maroc.

Pour les professionnels de l’huile d’olive, ces données constituent un premier indicateur de l’état de la filière. Elles doivent néanmoins être interprétées avec méthode : une prévision de production ne correspond pas à un volume effectivement obtenu, et une récolte abondante ne garantit ni une qualité homogène ni une rentabilité satisfaisante pour les exploitations.

1. Les volumes annoncés par les principaux pays producteurs

L’Espagne, premier producteur mondial, pourrait atteindre environ 1,6 million de tonnes selon les premières prévisions officielles du ministère espagnol de l’Agriculture.

L’Italie présente des estimations plus dispersées, comprises entre 260 000 et 310 000 tonnes. La Grèce pourrait produire entre 280 000 et 300 000 tonnes, tandis que le Portugal vise une récolte comprise entre 200 000 et 230 000 tonnes.

Hors Union européenne, les perspectives sont plus contrastées : environ 300 000 tonnes sont attendues en Tunisie, 120 000 à 150 000 tonnes au Maroc et 380 000 à 400 000 tonnes en Turquie.

Ces données proviennent de sources différentes. Les données espagnoles sont des prévisions ministérielle, tandis que la majorité des autres valeurs correspondent à des estimations de professionnels publiées par le magazine Mercacei le 9 octobre 2026.

Elles ne doivent donc pas être considérées comme un ensemble de statistiques officielles homogènes.

2. Du potentiel de récolte au volume d’huile obtenu

L’évaluation d’une campagne oléicole nécessite de distinguer plusieurs étapes.

La floraison et la nouaison déterminent en partie le potentiel de fructification. Le développement des olives dépend ensuite de la disponibilité en eau, des températures, de l’état physiologique des arbres et des conditions sanitaires.

Le volume final d’huile dépend également du rendement en huile des fruits. Une récolte abondante en olives ne se traduit donc pas nécessairement par une production d’huile proportionnelle.

La chaleur et la sécheresse peuvent intervenir à différents moments du cycle. Selon leur intensité et leur calendrier, elles peuvent affecter la croissance des fruits, leur teneur en eau, l’accumulation d’huile et les conditions de récolte.

C’est pourquoi les prévisions de début de campagne doivent être régulièrement confrontées aux rendements réellement observés dans les moulins.

3. Des situations agronomiques contrastées selon les pays

En Espagne, les conditions favorables du printemps ont soutenu le potentiel de production, mais les fortes chaleurs estivales et la sécheresse de septembre constituent des facteurs d’incertitude.

En Italie, malgré des perspectives de production variables selon les régions, les premières observations font état de conditions plutôt favorables dans plusieurs bassins oléicoles, au nord comme au sud du pays. Les fortes chaleurs estivales et la maturation précoce des olives pourraient toutefois influencer les rendements finaux.

En Grèce, les premières observations rapportées par les professionnels sont encourageantes, avec des conditions sanitaires jugées satisfaisantes dans plusieurs régions. Le résultat final dépendra toutefois du maintien de ces conditions pendant la récolte.

Au Portugal, la floraison et la nouaison ont été favorables. Le manque de pluies automnales pourrait néanmoins affecter certaines oliveraies non irriguées.

En Tunisie et au Maroc, le déficit hydrique pèse davantage sur les prévisions. Les différences entre régions, notamment selon l’accès à l’irrigation, montrent qu’une estimation nationale ne rend pas compte de toutes les réalités agronomiques.

En Turquie, les précipitations hivernales et printanières ont favorisé le développement initial des fruits, mais l’absence de pluies significatives entre juin et septembre a pu limiter leur grossissement dans certaines régions. La production reste estimée entre 380 000 et 400 000 tonnes, sous réserve des rendements effectivement obtenus à la récolte, qui placerait la Turquie en deuxième producteur mondial derrière l’Espagne.

4. Volume et qualité : deux dimensions à ne pas confondre

Une campagne à fort potentiel de production ne garantit pas que toutes les huiles obtenues présenteront les mêmes caractéristiques.

La qualité finale dépend notamment de l’état sanitaire des olives, de leur maturité, des conditions de récolte, du délai entre la récolte et la trituration, ainsi que des paramètres de transformation et de conservation.

La pression de la mouche de l’olive mérite une attention particulière. Les dommages causés aux fruits peuvent affecter leur état sanitaire et compromettre les caractéristiques sensorielles des huiles. L’importance de cet effet dépend notamment du niveau d’attaque, du moment de la récolte et de la maîtrise des opérations de transformation.

5. La campagne oléicole 2026/2027 reste à confirmer

Les premières estimations sont utiles pour comprendre les tendances de la filière, mais elles comportent plusieurs limites :

Ce qu’il faut retenir

La campagne oléicole 2026/2027 pourrait être marquée par une production élevée dans plusieurs bassins méditerranéens, mais elle ne se résume pas à une hausse ou à une baisse des volumes.

Pour comprendre les résultats d’une campagne, il faut relier les données de production avec les observations agronomiques, les rendements en huile, l’état sanitaire des olives et les caractéristiques (sensorielles analytiques, ..) des huiles obtenues.

C’est cette lecture croisée, quantitative et qualitative, qui permet aux professionnels de mieux comprendre les campagnes oléicoles et leurs conséquences sur la filière.

Données et prévisions arrêtées au 15 octobre 2026. Les estimations de la campagne oléicole 2026/2027 sont susceptibles d’évoluer au cours de la récolte.

Sources 

1. Mercacei — premières estimations 2026/2027 par pays Lire l’article du 9 octobre 2026

2. Espagne — ministère de l’Agriculture (MAPA) Prévision officielle : 1 602 596 tonnes pour 2026/2027

3. France — FranceAgriMer Bilan de campagne huile d’olive

4. International — Conseil oléicole international (COI) Statistiques et prévisions du secteur oléicole

5. Il y a un an les prévisions de la campagne 2025 Campagne oléicole 2025-2026 : premières estimations contrastées autour du bassin méditerranéen

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